août 12, 2022
Juxtapoz Magazine – « Living Image » de Jonathan Gardner @ Almine Rech, Paris
Art

Juxtapoz Magazine – « Living Image » de Jonathan Gardner @ Almine Rech, Paris

Formant un ensemble homogène tant dans le sujet que dans le style, Jonathan Gardner présente dix nouvelles toiles à Almine Rech à Paris.

Allant plus loin que peindre le quotidien, Gardner peint le loisir. Ses personnages s'occupent d'activités récréatives : consulter un menu de restaurant, lire un livre, prendre un bain, jardiner, collectionner, lire sur la plage… Des sujets qui, selon ses propres mots, « ne sont pas dramatiques, mais ont un potentiel d'introspection . »

La peinture de Gardner est figurative, pas réaliste : les perspectives sont exagérées, comme les bâtiments de Giorgio de Chirico ; tantôt il emprunte les stratégies du cubisme pour représenter l'espace ; et les textures (le bois ou le fer d'un seau, les pieds métalliques d'une table basse), ainsi que les expressions des personnages, sont rendues subtilement. Chaque élément est stratégiquement élevé à son point de lisibilité le plus simplifié, et bien que l'action soit indubitable, la façon dont les personnages vivent l'action reste en question. Ils semblent vivre dans un monde idéal, incroyablement paisible, où l'émotion est prête à jaillir. C'est comme si le spectateur avait carte blanche pour compléter le récit. Ce monde parallèle, stylisé et idéalisé, impeccable, où les coiffures sont toujours parfaitement agencées, porte en lui l'espèce d'angoisse qui caractérise souvent le surréalisme.

Comme on l'a souvent noté, il y a aucun système de hiérarchie entre les éléments qui composent le tableau. Une pipe est traitée avec la même intensité qu'un personnage ou un élément de mobilier ou de décoration. Chaque élément est amené à une équivalence qui nous invite à regarder ces peintures dans leur dimension abstraite. Cette invitation est soulignée par l'utilisation par Gardner du color blocking, ainsi que par les grilles et les lignes qui font prévaloir la composition sur le récit. Certaines des peintures exposées représentent des scènes de bains publics, et Jonathan Gardner nous dit que ces scènes sont nées du souvenir d'un après-midi aux bains russes de Manhattan en 2019. Mais rien de cette expérience personnelle n'est raconté. Dans Bathhouse (2001) par exemple, le ton même de l'action est réduit à son minimum. Le réseau complexe et géométrique de plomberie, la grille régulière formée par le carrelage et les nuages ​​de vapeur sont traités comme des formes abstraites.

En somme, alors que sa peinture se présente à nous avec une certaine simplicité et évidence, il révèle rapidement son étrangeté – et sa complexité. Clairement, cela rappelle aussi les styles des peintres antérieurs (Fernand Léger, Balthus, Magritte, de Chirico, Le Corbusier, David Hockney, Le douanier Rousseau). Mais l'absurdité de cette liste éclectique, qui oppose les contraires, apparaît vite : qu'est-ce qui pourrait lier ces peintres sinon ce style même ?

— Eric Troncy, Directeur du Consortium Museum, Dijon et Rédacteur en chef de Frog Magazine

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